04.05.2007

Correspondance

La solitude me serre entre tes bras, tu commences par la nuit, elle a à dire ce qu'elle devrait cacher, elle vole le temps aux impulsions scandaleuses, léger courant au sang, il t'est interdit de me rejeter hors de l'amour sacré, de l'impure beauté.
Ecoute moi,

Tu es belle comme un soleil inventé
C'est un été braqué sur moi
Ton visage
Mon miroir
Ma femme de solitude aimée
Tu es belle comme une lune assassinée
Crachant tous ses soleils en réchauffant ta peau
Tu es belle comme un diable qui vend son âme
Pour le plus doux des lits
Je compte mes vies le long de tes rayons
Regarde moi dormir
C'est encore être là
Regarde moi jouir
La chasteté des distances n'empêche pas la passion
La lucidité des rêves
La naissance des caresses
Du corps au corps gémeau
Mon sexe en eau au bout des doigts
Flaque d'émoi du bout de toi

Tu es belle comme la violence des femmes
Là où l'orage s'abîme et se fond en tes larmes
Tu es belle comme une morsure libérée
Imparfait éclopé qui renait de mes flammes
Le cœur serré au cœur

Tu es belle en chute de raison
Le regard de l'artiste sur l'origine du monde
Et ta bouche
Chair scellée à ma chair en un divin scandale
En un battement d'elles
Mon dieu que tu es belle.

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30.10.2006

C'est beau mais c'est triste

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Oui, mais jamais personne n'a prétendu que la littérature ne devait offrir que de la bonne humeur à ses lecteurs.

Il nous annonce la fin de l'amour.

Lui, Michel Houellebecq nous annonce la fin de l'amour en rentrée littéraire, quoi de plus triste?
Le pessimisme de Darwin, l'acceptation du fait que nous sommes des fils de singe, de poissons, de la mer, peut-être.

Quoi de plus beau?

La culture orale, celle qui ne sait pas lire, juste se raconter pour être racontée, jusqu'à son écriture, jusqu'à sa perte.
Le temps qui passe recherche entre ses nuits des contes d'homme, il était une fois...

-Quel âge avez-vous?

Le vieil homme me regarde, un sourire se dessine sur ses yeux que je devine bleus, je comprends que je n'aurai pas de réponse, il commence à parler.

Il est né en Sicile, très près de la mer, si près d'elle qu'elle danse sur son regard, en ces temps là la vie commençait avant la vie, tracée, destinée comme le destin même.
On ne nait pas homme, on le devient, et vite, très vite quand la vie est survie, sans question puisque toutes les réponses sont tellement évidentes qu'elles annulent en silence toute interrogation.

Au milieu de ses rêves il était réveillé par le fracas des bols et l'odeur du café frais.

-Quel âge aviez-vous?

Il ne sait plus, c'est à mon tour de sourire, il se souvient de sa mère qui ne riait jamais par manque de temps, il survole, par manque de temps aussi je pense, il doit parler pour raconter ce qui est important, la fatigue, la faim, la mort, le respect.

Partir pêcher en mer entre les hommes en attendant de partir avec eux, les plus forts, pêcher le poisson-épée, le poisson Roi, l'espadon.
Une embarcation, six hommes dont quatre rameurs, un homme perché haut pour tracer le parcours du poisson et indiquer la marche, la cadence à suivre en criant le plus fort possible, et lui debout armé d'une lance assassine liée à une grosse corde, avancer en mer, attendre, la voir, la suivre, elle.

Il faut toucher la femelle d'abord pour attirer le male, jamais il n'abandonnera sa femme.

-Sa femme?

Les yeux du vieux s'allument, il me fixe et le ton de sa voix monte en intensité.

-Oui, oui, sa femme, il restera avec elle jusqu'à la fin, fidèle jusque dans la mort, leur mort.

Tout droit, droit, plus vite, à gauche et droit devant, vite, comme ça, plus vite, encore à gauche, plus vite, maintenant!
Alors la barque s'arrête, les hommes sont inondés de fatigue surréelle, ils baissent la tête, se relèvent pour tirer la corde, tous ensemble, elle est morte.
Il faut sur sa peau lisse graver du bout des ongles une double croix.

-Pourquoi?

-Par respect, pour éloigner la mort qui a choisi sa victime, parce que cela se fait depuis le début des temps, mon père, mon grand-père...

J'ai l'impression que la Grèce scintille dans les yeux de l'homme au milieu de ce flux de souvenirs sans temps.

-Et son compagnon?

Il me fixe encore, reconnaissant pour le choix des mots, "son compagnon", nul besoin d'ajouter autre chose, le vieux est fatigué, j'ai compris, j'avais déjà compris, il est las mais change d'histoire, il me parle des moteurs et des traites, il est en colère, et oui, parce que quand les gens ont pu acheter à crédit des instruments permettant d'avancer vite en mer sans fatigue, m'expliqua-t-il, le prix de l'espadon...et nous...

Silence, il fait très chaud.

-Tu as une cigarette?

-Oui!

Comment dire à une personne qui a certainement plus de 90 ans que fumer ça fait mal?

Je me lève, je pense qu'un verre de bière fraiche ferait bien notre affaire par cette chaleur, je pense à "sa femme", à la vie, à la mort, à ces hommes qui nous annoncent la fin de l'amour, à la fin d'un récit, à l'écoute.

Avant, tout près de nous, il y avait des hommes qui crachaient fort la sueur, la peur et le courage, la violence de la passion, il y avait la mer, le poisson et sa femme, jusqu'à la fin, c'est triste.
Et c'est beau.

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